Homélie de la messe de rentrée 2019

Messe de rentrée de l’Enseignement Catholique
Saint Pierre - 30 août 2019

Avouons-le tout de suite. Même si elle est bien connue, la parabole des talents garde souvent un petit goût d’injustice. Non, franchement, ce maitre qui enlève à celui qui n’a rien pour donner encore à celui qui a déjà le plus… ce maitre nous semble bien injuste.

Imaginez un instant, un professeur qui, à la fin de l’année, félicite largement les élèves déjà doués qui ont bien réussi leurs examens et qui accable encore l’enfant qui était en difficulté au début de l’année et qui n’a pas réussi à passer au niveau supérieur. Vous vous diriez qu’il s’agit là d’un mauvais pédagogue, d’un mauvais maitre qui néglige la brebis perdue pour s’occuper du troupeau. Et vous auriez raison.

Mais voyez-vous cette lecture de la parabole des talents est trop plate. Cette comparaison rapide manque la pointe de la parabole, elle manque la leçon que le Seigneur veut nous donner aujourd’hui. Car Jésus n’est ni un mauvais directeur diocésain, ni un professeur injuste. En réalité, pour bien comprendre ce qu’il veut nous enseigner ici, il faut souligner deux détails ; deux détails indispensables pour comprendre correctement cette parabole.

Le premier détail, qu’il ne faut pas manquer, est particulièrement difficile à repérer. Il est presque caché puisque la traduction liturgique que nous venons d’entendre a supprimé ce mot. Il s’agit du premier mot du premier verset qui nous indique la signification globale de cette parabole. Et que nous dit ce verset 14 ? « C’est comme un homme qui partait en voyage ». Et ce c’est comme nous indique donc que cette petite histoire de Jésus vise à expliquer quelque chose de précis.

Alors de quoi parle Jésus en ce chapitre 25 de l’Evangile selon saint Matthieu ? Ceux qui sont allés à la messe hier le savent puisque nous avons lu le passage précédent. Jésus parle de son retour dans la gloire, Il parle de la fin des temps, Il parle du Royaume des cieux. Le Royaume des cieux est comme… Et donc, premier détail, Jésus ne nous donne pas une leçon de pédagogie pas plus que d’économie ou de gestion ; il nous délivre une leçon d’eschatologie, c’est-à-dire qu’il veut nous parler de notre destinée éternelle. Et donc, la question en jeu dans ce récit, c’est la vie éternelle ; et non pas la bonne gestion de la richesse. Ce que Jésus veut nous dire, ce n’est pas comment bien gérer notre argent mais comment se préparer à accueillir son retour, comment se préparer à la vie éternelle.

Second détail, la somme que chacun reçoit est absolument colossale. Ce talent, ce n’est pas une qualité particulière, c’est un trésor ! Faisons un petit point mathématique, il doit y avoir des professionnels parmi nous, je vous laisse vérifier. Enfin je me suis relu quand même. A l’époque de Jésus un talent valait 60 mines et une mine valait 75 deniers. Du coup, un talent valait 4 500 deniers. Tout le monde suit? Très bien. Sachant maintenant que le salaire moyen d’un ouvrier était d’un denier par jour et qu’un ouvrier travaillait en moyenne 250 jours par an. Un talent c’est donc 4 500 jours de travail soit 18 ans pour un ouvrier romain. Mais à Rome, les ouvriers étaient mieux payés que les profs … et donc si on poursuit notre enquête un maitre d’école pour posséder un talent, aurait dû travailler non pas 18 mais 30 ans d’affilée sans rien dépenser. Autant dire, que si à la sortie de l’église, Mr Bienvenu vous attendait pour distribuer à chacun 30 ans de salaire à faire fructifier pendant qu’il part en voyage, je ne pense pas que vous le trouveriez radin ou injuste. J’aurais bien aimé tenter l’expérience concrètement mais on m’a dit que ce n’était pas possible. Mais bon, ce qu’il faut retenir c’est qu’un talent antique, c’est une somme énorme, c’est vraiment un trésor. Et c’est vrai que le maitre en donne plus au premier qu’au troisième, mais surtout il donne énormément à chacun d’entre eux.

Et donc, forts de ces deux précisions, nous pouvons nous repencher sur la parabole. Nous savons que cette parabole vise à nous préparer à accueillir la vie éternelle et que la somme confiée par le maitre à ses serviteurs est immense. Alors permettez-moi ici, une interprétation pour aujourd’hui. J’aurais ici encore deux points.

D’abord, en quoi consiste ces talents? En quoi consiste, aujourd’hui, dans nos vies bien concrètes, cet immense trésor? Et bien il me semble que ces talents dont Jésus nous parle et que nous avons reçu en plus ou moins grande quantité… il me semble que ces talents représentent notre intelligence et notre volonté; c’est-à-dire d’une part, notre capacité à chercher et reconnaître la vérité et c’est l’intelligence ; et d’autre part, notre capacité à chercher et à aimer le bien et c’est la volonté.

Voyez-vous frères et soeurs, ces capacités à connaitre le vrai et à aimer le bien ce sont les cadeaux les plus précieux que le Créateur nous a léguées. C’est par eux que nous somme à son image. C’est cela que nous devons faire fructifier en nous bien sûr mais aussi et surtout en nos élèves, en nos jeunes.

Oui tous portent en eux un trésor, une âme immortelle qui aspire au vrai et qui désire le bien. Si bien que nos écoles, nos collèges, nos lycées, tous nos établissements doivent aider les jeunes à porter ce regard émerveillé sur eux mêmes. Nous devons aider nos jeunes à prendre conscience qu’ils sont aimés et voulus par Dieu, que le Seigneur les a faits à son image, qu’Il les a fait libres, intelligents et volontaires et que ce trésor est en eux.

Je vous l’accorde … ce n’est pas toujours évident dans le quotidien ; c’est vrai qu’on peut avoir quelques difficultés à percevoir dans un adolescent buté et désagréable une âme immortelle qui désire la bonté et aspire à la vérité. Certes ce n’est pas toujours évident, mais c’est bien pour cela que Jésus nous le rappelle aujourd’hui ! Ces jeunes que l’Eglise nous confient; ils portent en eux des talents, des trésors et notre mission est de les aider à faire fructifier ces dons; c’est-à-dire notre mission est de les faire grandir en intelligence et en liberté.

Et ici notre mission se précise. L’enseignement catholique ne cherche pas à proposer les écoles où l’on obtient les meilleurs résultats scolaires. Notre ambition n’est pas d’avoir les meilleurs résultats au Bac. Nous visons beaucoup plus loin ! Non, ce que nous voulons, c’est aider nos jeunes à faire fructifier leurs talents, c’est-à-dire à grandir en intelligence et en volonté. Nous voulons les aider à chercher la vérité et à aimer la bonté, nous devons leur donner le gout de la vérité et la saveur de la bonté. Sans cela nous faillirons à notre mission, même si nos statistiques scolaires sont meilleures que celles du public. Car rechercher la vérité c’est servir Jésus sans le savoir. Aimer en vérité, c’est faire l’oeuvre de Dieu sans en être conscient.

Et donc, à chaque fois que nous travaillons pour faire grandir la vérité et pour faire grandir l’amour chez nos jeunes, mais aussi nos collègues, et encore nos parents ; oui, à chaque fois que nous travaillons pour faire grandir la vérité et l’amour, nous faisons fructifier les talents que Dieu nous a confiés.

Permettez moi un seul exemple ici. Ne laissons pas nos jeunes enfouir le talent de leur intelligence dans des divertissements ineptes. Ne les laissons pas gâcher leur capacité à aimer dans des like sur facebook, des photos lascives sur Insta ou des vidéos niaises sur TikTok. J’ai appris l’autre jour sur RTL que le QI moyen des français baissait et cela notamment, parce que les enfants passent tellement de temps devant des écrans que leurs capacités imaginatives se développent moins bien qu’avec les générations précédentes. Ne laissons pas nos enfants enfouir dans un téléphone le talent de leur intelligence.

De même, ne les laissons pas gaspiller le talent de leur capacité d’aimer sur les réseaux sociaux. Je suis sans doute un peu alarmiste, mais j’ai renoncé au compte Instagram pour l’aumônerie de Levavasseur car les photos que les jeunes y laissent me donnaient d’eux une trop mauvaise image. C’est pas compliqué, ce sont quasiment que des selfies, et si possible en maillot de bain. Et donc, les aider à avoir un usage maitrisé des réseaux sociaux, c’est éduquer leur capacité d’aimer, c’est faire fructifier leur talent.

Je ne vais pas m’étaler dans les exemples mais il y en aurait beaucoup d’autres encore. Nos jeunes sont merveilleux, mais trop souvent leurs talents restent en sourdine. Que fait-on pour faire grandir leur capacité d’aimer, de se donner, de partager? Que fait-on pour les aider à découvrir le trésor qu’il porte en eux? Que fait-on pour les aider à s’ouvrir à l’amour de Dieu qui seul nous délivre de nos prisons ? Que fait-on pour leur faire connaitre Jésus, qui seul est le chemin, la vérité et la vie ?

Le travail est immense. Il peut nous sembler écrasant voire impossible. Et c’est pourquoi il est bon de commencer notre année aux pieds de Jésus. Il est bon de commencer cette année par une eucharistie.

Car sans Lui, rien ne peut se faire, mais par Jésus, avec Jésus et en Jésus, tout est possible. Et cela fera notre joie. Et la sienne. Et elles seront parfaites!

Ainsi soit-il !

Et bonne année scolaire !

Parcours Pastorale

 

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Mots du mois de Septembre 2014

 

L'espérance, la joie et la vraie liberté peuvent être toujours présentes dans notre quotidien et dans notre cœur !!! Le savez-vous?

Agitations, tensions, affrontements, confusions, exclusions, éliminations de ce qui gêne, de ce qui est différent : ce genre de nouvelles nous submerge par les médias... et en même temps il y a des efforts de solidarité, d'entraide, de combats pour la justice, pour la défense écologique, pour une meilleure santé dans les pays atteints par la famine ou la maladie...

Regarder le verre à demi-vide ou à demi-plein ? Nous sommes constamment sollicités à choisir : être vivants ou ternes, pleins d'espérance ou d'amertume, vivre d'une vraie joie intérieure ou de surface, être tels que nous sommes ou porter un masque... Le choix intérieur n'est pas toujours simple. Désir de se fondre dans la masse ? d'éviter de réfléchir ? de cultiver le paraître ? Peur d'oser être soi ?...

Et pourtant, la bonne nouvelle, c'est que nous sommes créés libres, capables et aimables. C'est le cœur même de l'Evangile. Quand Jésus pose son regard sur chacun de ceux qu'il croise pour le guérir de son péché ou de sa maladie, toutes les chaines physiques et intérieures disparaissent, tout ce qui est tordu, courbé se redresse et dans ce croisement de regards, chacun découvre, émerveillé qu'il est unique, beau et profondément aimé...

Comment aujourd'hui vivre encore cette expérience ? Peut-être s'inspirer de l'histoire de Marthe et Marie et prendre le temps de laisser la part « Marie » en chacun de nous se mettre en silence régulièrement devant Jésus ou devant les merveilles de la création, devant ce qui suscite une joie authentique et prendre le temps d'écouter ce qui est déposé dans le cœur, qui a un goût de vérité apaisante. Notre part de « Marthe » a besoin de gérer le quotidien, dans ce qu'exigent le travail, l'organisationnel, les efforts à faire et les contrariétés, mais il est important qu'elle n'occupe pas tout notre espace intérieur.

Prenons donc le temps de nous arrêter pour nous laisser restaurer, revivifier, apaiser par un regard d'Amour infini qui peut nous sauver, nous remettre debout et nous redonner l'énergie pour avancer et la joie qui demeure...

Projet pastoral diocésain

Projet pastoral diocésain

  • Ce projet a mûri collectivement au cours de plusieurs sessions de travail qui ont associé toutes les parties prenantes des communautés éducatives des établissements de notre diocèse.
  • Il a puisé ses racines dans l’Evangile.
  • Il s'est nourri du texte de référence de l'Enseignement Catholique « Annonce Explicite de l'Evangile dans les Etablissements Catholiques d'Enseignement ».
  • Il a grandi de l’expression partagée de nos convictions et de l’expérience pastorale particulièrement riche de chacun de nos établissements.
  • Il portera ses fruits grâce au soin qu'ensemble nous prendrons pour le faire vivre.

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Les détails sur les différents axes du projet pastoral.